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L'autre angoisse de l'écrivain

Parfois, quand je lis des textes de personnes que je connais et que je côtoie, j'envie leur plume. Je la compare à la mienne, encore lente et maladroite, et même si la plupart n'écrivent pas dans les mêmes genres que moi, j'ai tendance à rapidement déprécier mon travail.
Je pense que chaque artiste n'apprécie pas forcément ses créations et qu'il est nécessaire de les remettre en question. C'est sans doute la meilleure façon d'avancer et de développer son travail. Mais à quel moment peut-on être satisfait du résultat ?

Je ne pense pas que c'est lorsqu’un lecteur nous dit qu'il aime ce que l'on a fait, mais ça doit aider. C'est quelque chose que l'on doit sentir soi-même, un peu comme lorsque l'on passe une évaluation : il faut pouvoir sortir de là en se disant "Yep, j'ai donné mon max actuel, j'pouvais pas faire mieux". 
Mais l'avantage des évaluations (ou la contrainte) c'est qu'on a un laps de temps imparti. Tandis que la création quelle qu'elle soit, lorsqu'elle vient de notre propre chef et non d'une commande extérieure, on veut lui donner tout son temps pour la rendre à maturité. 
 
J'ai peur que le temps que j'octroie à la création de mes histoires ne soit qu'un prétexte pour repousser l'inéluctable : le jugement. Alors j'étire les semaines et les mois, avant cela les années, en me disant que ce n'est pas encore assez bon et je m'en persuade d'autant plus facilement qu'autour de moi il y a de vrais bons narrateurs qui font ressurgir mes inquiétudes sur mes propres capacités.

Et alors, quand j'y pense, j'oscille dangereusement entre l’auto-apitoiement et le coup de pied au fesse. Dans un cas comme dans l'autre, c'est un ascenseur émotionnel et/ou physique qui me laisse à plat une fois passé. 
 
La peur de la page blanche, ça je gère. Mais la crainte d'être finalement moins bonne que l'on pense, la peur que l'histoire que l'on vit dans sa tête ne sois pas suffisamment intéressante ou correctement construite, l'angoisse de ne pas la transmettre de façon suffisante à toucher le lecteur, bref, ce qui constitue je crois la peur de tout artiste, je ne sais pas encore le gérer.

Ma première technique c'est de ne pas y penser, de continuer à avancer jusqu'à avoir fini et alors seulement, je pourrais juger de mon travail
 
Mais la plupart du temps il y a un petit lutin vicieux et fourbe, Doute, qui vient susurrer à mon oreille que c'est du temps perdu et que je suis ce genre de personne qui se leurre d'un talent qu'il ne possède pas.
Je le fait taire à grand coup de phrases positives et renfort de chocolat et le combo des deux me rebooste jusqu'à la prochaine fois.

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