En
ce moment je lis une anthologie sur le personnage de roman.
En
préparant mon mémoire de master qui portait sur le merveilleux dans
la littérature pour adulte j'avais déjà bien avancé dans ces
réflexions. J'avais notamment remarqué que je fonctionnais sur un
mécanisme manichéen, processus qui ne fonctionne plus depuis le
déclin du conte de fée. En clair, quand l'un de mes persos
débarquait dans l'espace de l'action, on savait à son apparence et
ses décisions s'il était "gentil" ou "méchant".
Or,
aujourd'hui, il me semble que l'un des attraits de la littérature
fictionnelle est de se rattacher à la réalité : les gentils ne
s'habillent pas en blanc, les méchants en noir. ( Demandez à Severus
Rogue ;) ) Par ailleurs un personnage est d'autant plus intéressant
que son caractère, sa moralité et ses actions ne sont pas
prédéterminées.
Les séries qui fonctionnent le mieux en ce moment
sont celles dont les personnages ont une vie intérieure complexe,
qui dissimulent leurs jeux et peuvent même aller contre leurs
principes si la situation l'impose (Game of Throne par exemple)
A
ce propos, dans l'anthologie, j'ai (re)découvert la question
débattue par les auteurs classiques : est-ce l'action qui guide le
personnage ou le personnage qui guide l'action ?
En d'autres termes :
Aristote pensait que le personnage était acteur, c'est-à-dire qu'on
ne le percevait que par l'apparence et l'action. L'action était
essentielle pour le personnage sans quoi il n'existait pas (à
l'époque la question du personnage concernait surtout le théâtre).
On réduisait le personnage à l'agissant et on oubliait son
individualité (par ailleurs, les personnages se décrivaient par
vices et vertus, peu semblable à Monsieur tout le monde).
C'est à
partir du 18e siècle que l'on décrit le personnage par son monde
intérieur (ses pensées, sa moralité, ses émotions, etc) et que
l'on fait découler les actions de son comportement.
Un événement
dans le récit n'arrive que parce que le personnage y a réfléchi
avant d'agir, il est donc le guide de l'action (quand celle-ci n'est
pas issue d'une cause extérieure).
Je me suis posée la question :
qui était le guide de qui dans mon récit ?
Mon opinion est qu'une
bonne narration est un mélange des deux : action-agissants et
personnage-provocateur d'action. Pour le moment, je retrouve les deux
dans mon récit : certaines personnalités vont engendrer certaines
actions parce qu'elles seront sous le coup de l'émotion par exemple
(personnage provocateur d'action) et des événements comme la
prophétie vont obliger les personnages à entrer en mouvement sans
que leur individualité ne soit pris en compte (action –
agissants).
Je vais devoir garder cette idée de dualité dans un
coin de ma tête pendant la rédaction. Je n'aimerai pas voir mes
personnages ballotés sans qu'on ne leur demande leurs sentiments, ni
qu'ils n'en fassent qu' à leur tête et se perdent en chemin.
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